Le printemps enfin arrivé est la promesse de voir la vie en… vert, rose, bleu, carmin ou jaune vif. Sur les murs, dans les jardins, dans nos têtes, la grisaille recule. La joie de la couleur. En 1941, Matisse a subi une opération chirurgicale très lourde. Lui-même pensait ne pas y survivre. Pourtant, c’est ce qui advient. A 72 ans, il se sent renaître, « une seconde vie », dit-il. Toutefois, l’exercice de la peinture demande de longues stations debout. Comme elles lui sont pénibles, il multiplie, assis, voire couché, dessins, estampes ou livres illustrés. Surtout, il reprend une technique déjà employée, celle des papiers gouachés découpés. C’est une forme de révolution dans l’histoire de l’art, dans la mesure où elle permet de résoudre en partie un problème multiséculaire, celui de l’antagonisme entre la couleur et le dessin. Doit-on privilégier la sensualité du coloris, ou la précision, la « probité », aurait dit Ingres, du trait ? Matisse, taillant ses papiers déjà colorés, dessine dans la couleur avec ses ciseaux, découpant des arabesques avec un mélange de dextérité et, semble-t-il, de joie. Cercles chromatiques. Au XIXᵉ siècle, les travaux du chimiste Michel-Eugène Chevreul (1786-1889) sur la couleur ont inspiré des peintres néo-impressionnistes, comme Paul Signac ou Georges Seurat. Des chercheurs tentent aujourd’hui de percer le secret physico-chimique des cercles chromatiques de 72 couleurs inventés par celui qui fut directeur du Muséum national d’histoire naturelle. Chevreul avait notamment démontré comment la juxtaposition de deux couleurs en modifie la perception. Entre archives, analyses scientifiques et techniques d’impression, un reportage vidéo explique en quoi la science a transformé la peinture. L’air et le ciel sur les murs. Plus de deux siècles après sa mort, Marie-Antoinette s’impose pour beaucoup comme une directrice artistique de talent. « Son goût pour la décoration n’a jamais cessé, de son arrivée à Versailles en 1769 jusqu’en 1789, quand elle fuit les émeutiers du 6 octobre qui ont envahi le château, souligne Hélène Delalex, conservatrice au Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Ce sont vingt ans d’une même passion pendant lesquels elle a révolutionné l’agencement intérieur, créant des escaliers, des cloisons, des plafonds bas, des bibliothèques intégrées aux murs, et a prôné la modernité de son temps. » Dans ces minipièces qu’elle grignote à l’arrière de l’appartement d’apparat, Marie-Antoinette pose des sofas en retrait dans une niche, qu’elle fait tapisser de miroirs face à la fenêtre pour faire entrer la lumière. La nature, l’air, le ciel sont conviés sur les murs, avec lilas, roses, fruits ou oiseaux exotiques. Milliers de bulbes. Blanches, rouges, violettes, jaunes… : des flots de corolles, ondulant au gré du vent, ont jailli sur l’esplanade qui s’étend en majesté – 500 mètres de long – entre la Seine et la Grande Galerie de l’évolution. Au total, pas moins de 25 000 plantes bisannuelles et 23 000 bulbes (dont 120 variétés de tulipes) fleuriront ici, en une succession savamment élaborée. Déjà, les premiers pollinisateurs festoient. Un an plus tôt, l’équipe chargée du fleurissement s’était réunie autour d’un trésor méconnu : la collection de vélins du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), soit près de 7 000 gouaches ou aquarelles réalisées depuis le XVIIe siècle, illustrant la diversité végétale. L’enjeu : harmoniser les massifs actuels avec le patrimoine scientifique et artistique du lieu. Rouge printemps. C’est un feu d’artifice de corolles qui s’ouvrent, au milieu du vert encore tendre des jeunes feuilles qui se déploient. Un vert tendre, vraiment ? Pas toujours. Parfois les nouvelles feuilles, au printemps, affichent une étonnante gamme de rouges – grenat, lie-de-vin, pourpre, rosé, cuivré ou bronze… Une flamboyance qui, de toute évidence, n’est pas l’apanage de l’automne. Rosiers et églantiers, mais aussi hêtres communs, érables du Japon, pruniers pourpres ; ou encore Photinia fraseri, andromèdes du Japon, bambous sacrés… Toutes ces espèces, et bien d’autres, arborent souvent cette couleur foliaire transitoire – une protection contre l’herbivorie ou l’excès de lumière alors qu’elles sont très vulnérables –, qui virera au vert, de plus en plus foncé à mesure que les feuilles se chargeront de chlorophylle. Envie de partager vos idées, vos suggestions, vos impressions ? Ecrivez à l’adresse filgood@lemonde.fr. Pour retrouver tous les contenus « Le fil good », suivez ce lien. L’Équipe Fil Good |